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La formation d’une bourgeoise de montagne et de ses traditions culturelles
Même si avec des hauts et des bas, l’industrie ovine
représente un pilier solide pour l’économie des pays
de cette montagne au moins jusqu’au XVIIIe siècle.
Pour faire face aux besoins locaux s’ajoutèrent les
fruits d’une tenace activité agricole, exercée aussi
dans les zones très élevées (jusqu’à 400 mètres dans
la région des Hauts Plateaux). Sur ces fondements se
constitua peu à peu dans les petits villages aussi
une classe de personnes aisés, bourgeois et parfois
de petite noblesse, désireux d’acquérir une bonne
préparation culturelle chez les centres d’études (surtout
à Naples, mais aussi à Mont Cassin, parfois à
Boulogne ou à Rome) et d’exercer avec grande
habilité les professions libérales.
Commissionner les oeuvres aux artistes du lieu fut
décisif pour la naissance d’un artisanat artistique
qui atteignit des niveaux d’art cultivé et
représenta un point de départ pour les échanges qui
s’établirent avec les plus importants centres d’art
italiens (Rome, Naples, la Lombardie).
Le patrimoine immobilière susnommé - datable entre
le XVIIe siècle et la moitié du XIXe siècle, s’ajouta
aux grandes églises du Moyen Age et de la
Renaissance et à certaines forteresses et tours de
cette époque-là – représente le témoignage le plus
significatif d’une véritable “civilité bourgeoise de
la montagne” qui a caractérisé ces lieux pendant l’âge
moderne, jusqu’à l’âge contemporain. Avec le bouleversement produit par les mouvements révolutionnaires du 1799 et la décennie napoléonienne, la vie des villes de la Majella essuya un améliorement surtout à cause du perfectionnement des voies de communication principales; à l’époque de Murat on rectifia et restaura la “voie des Abruzzes” (que l’on appela aussi “Napoleonica” ) soit dans le tronçon de la montagne, soit dans celui de la Piana du fleuve Pescara. En 1842 on réalisa dans la vallée du fleuve Aventino le tracé moderne qui coupe en ligne droite le flanc de la Majella à partir de Palena jusqu’à Lama dei Peligni (il fut appelé la “tagliata” ). On peut affirmer que toute la bourgeoisie abruzzaise fréquenta Naples et se plongea dans ses ferments culturels. Beaucoup de ses représentants, un fois devenus officiellement intellectuels, partirent de la capitale parthénopéenne et se dirigèrent vers d’autre lieux de la péninsule et vers les plus importantes Académies d’Europe (France, Allemagne, Roussie). Plusieurs juristes, philosophes, hommes d’Etat, savants et historiens vécus entre la fin du XVIIIe siècle et les ans de l’Unification italienne, présents dans la vie politique et participants des mouvements du Risorgimento, non seulement virent le jour dans les villes de la Majella, mais y reçurent leur première formation culturelle et y furent liés pour toujours. On ne peut mentionner que les plus illustres, indiquant leur nom, patrie et titre: Giuseppe De Thomasis (1767-1830), originaire de Montenerodomo, spécialiste du Demaine de l’Etat et de droit costitutionel du Royaume, lié au circule florentin du Viesseux; Ottavio Colecchi (1773-1847), originaire de Pescocostanzo, philosophe et mathématique, premier interprète de la pensée de Kant, universitaire à Saint – Pétersbourg, fondateur de l’hegelisme napolitaine; Luigi Chiaverini (1777-1834), originaire de Palena, éduqué à Pescocostanzo, biologiste et psychologue; Benedetto Vulpes (1783-1855), originaire de Pescocostanzo, pathologiste et clinicien; Salvatore Tommasi (1813-1888), né à Roccaraso, originaire de Accumoli, clinicien, philosophe et patriote; Leopoldo Dorrucci (1815-1888) et Panfilo Serafini (1817-1864), originaires de Sulmona, humanistes et patriotes; Annibale De Gasparis (1819-1892), né à Bugnara, mais originaire de Tocco Casauria, astronome et mathématique; Bertrando Spaventa (1817-1883) et son frère Silvio (1822-1893), originaires de Bomba, disciples du Colecchi, le premier philosophe, le deuxième homme d’Etat, patriotes tous les deux; Giuseppe De Blasiis (1832-1914), originaire de Sulmona, historien et patriote; une place particulière est réservée à Domenico Stromei (1810-1883), le très singulier poète cordonnier de Tocco da Casauria. A partir de la moitié du XVIIIe siècle s’était développée dans ces villages une tradition autochtone de recherches historiques et naturelles sur la réalité locale, une tradition qui se transforma en prise de conscience pour les populations de ces lieux. La grande Chorographie historique des Abruzzes et des endroits circonstants réalisée par Anton Ludovico Antinori, originaire de L’Aquila, resta inédite, mais son recours à un grand nombre de collaborateurs produisit un remarquable intérêt pour ces études; suivirent les œuvres d’inspiration illuministe de Giuseppe Liberatore, originaire de Castel di Sangro, concernant la nature et le climat du Piano delle Cinquemiglia (1789); celles de Vincenzo Giuliani sur le territoire des Hauts Plateaux (1793, mais publiée seulement en 1993); celles de Ignazio Di Pietro, sur Sulmona (1804). Il faut aussi mentionner les studieux "externes", provenant des lieux voisins ou lointains et parfois de l’étranger (parmi ces derniers il y a deux fameux voyageurs anglais: Richard Keppel Craven en 1837; Edward Lear en 1846), lesquels s’intéressèrent spécifiquement de la Maiella et de ses villages: le calabrais Michele Torcia publia en 1792 le “Saggio itinerario nazionale pel paese de’ Peligni”; Michele Tenore, botaniste napolitain et originaire de Chieti, explora plusieurs fois, entre le 1807 et le 1834, la flore de la Maiella et la décrivit dans ses oeuvres; les illustres “géographes” du royaume bourbonien, Giuseppe Maria Galanti (auteur de l’œuvre “Della descrizione geografica e politica delle Sicilie” du 1794), Lorenzo Giustiniani (auteur du Dizionario geografico ragionato del Regno di Napoli, in 13 volumi, publié à partir du 1797 et terminé le 1805) Filippo Cirelli (Il Regno delle Due Sicilie descritto e illustrato, 1853); Giovanni Antonio Rizzi Zannoni (auteur de l’oeuvre Atlante Geografico del Regno di Napoli, 1804-1808) offre une première représentation cartographique assez fidèle du massif de la Maiella. En 1837 Pasquale de Virgiliis, originaire de Chieti, grand expert de la littérature italienne et anglaise, écrit et publie un essai (qui imite le Foscolo traducteur de Sterne) intitulé “La Majella. Voyage sentimentale”. Il s’agit d’ une description mi- réaliste et mi-fantastique d’un voyage dans les villages et les grottes, parmi les bergers, les charbonniers et les ermites du versant nord orientale de la Maiella, et de l’ascension de son sommet. L’année suivante le poète avellinese Pietro Paolo Parzanese visita Palena et dédia un hymne au protecteur, san Falco. Il s’agit des décennies pendant lesquelles se diffus l’intérêt pour les traditions populaires abruzzaises représentées par plusieurs dessinateurs qui ont visité la région (les traditions des centres qui se trouvent sur la "Voie des Abruzzes" sont souvent les plus documentées, en particulier celles de la Valle Peligna). |
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